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Paris doit accueillir en 2019 une grande exposition sur l’histoire des LGBT dans la capitale

C’est une info Hornet. La Mairie de Paris a chargé l’historienne Florence Tamagne et le sociologue Colin Giraud de concevoir une exposition sur les personnes LGBT dans la capitale.

C’est l’expo qui pourrait marquer un tournant dans la visibilité des personnes LGBT à Paris. Selon nos informations, en 2019, l’Hôtel de Ville de Paris accueillera la première grande exposition sur l’histoire des homosexualités et des personnes LGBT dans la capitale. C’est lors d’une présentation de son nouveau livre, Le Crime du Palacechez Payot (nous y revenons plus loin), que Florence Tamagne nous a confirmé cette information.

La Mairie de Paris lui a en effet confié la conception d’une exposition à grande échelle. Maîtresse de conférences à Lille 3, spécialiste de l’homosexualité – son Histoire de l’homosexualité en Europe: Berlin, Londres, Paris, 1919-1939, au Seuil, est une référence – Florence Tamagne sera accompagnée dans cette lourde tâche par le sociologue Colin Giraud, auteur, en 2014, d’une passionnante enquête, Quartiers gays (PUF), sur l’évolution des quartiers gays à Paris et à Montréal.

Il y a déjà eu récemment pas mal d’expositions sur l’histoire des homosexuel.le.s comme celle sur le communisme et l’homosexualité dont Hornet vous avait parlé l’an dernier. Ou encore « Fières archives », en juillet 2017, et qui présentait des documents autobiographiques d’homosexuels masculins à la fin du XIXème siècle. Mais aucune n’avait l’ampleur de cette exposition sur les LGBT projetée pour 2019.

Raconter l’histoire des LGBT à Paris n’est pas une mince affaire, reconnaît Florence Tamagne. Mais si l’on en juge par sa présentation vivante et très documentée de son ouvrage Le Crime du Palace, on peut lui faire confiance pour dénicher des archives intéressantes et des personnages haut en couleur.

PARIS, VILLE REFUGE DES HOMOS

Depuis la fin de la criminalisation de l’homosexualité (masculine, aucune mention n’est faite de l’homosexualité féminine) au début du XIXe siècle, la France a souvent servi de refuge pour les homosexuels persécutés dans leur pays. Les deux figures les plus connues sont bien sûr Oscar Wilde et Magnus Hirschfeld. Mais il serait faux de croire que la France était un havre de paix pour les gays et les lesbiennes puisqu’ils pouvaient toujours être poursuivis pour atteinte aux bonnes mœurs ou harcelés par la police. Cependant, comme le montre son livre, consacré à Oscar Dufrenne, Paris a connu dans les années 20 un épanouissement d’une subculture homosexuelle, dans les bars et les clubs de Montmartre, Pigalle et Montparnasse, comme on peut le voir sur la photo de Georges Brassaï qui illustre cet article.

C’est d’ailleurs dans le Xè arrondissent que se situe l’enquête de Tamagne sur un personnage très connu et très influent dans les années 20 et 30. Oscar Dufrenne, maître des nuits parisiennes, directeur du Casino de Paris et du music-hall Le Palace, et par ailleurs conseiller municipal (radical-socialiste), est retrouvé mort dans son bureau du Palace, le crâne fracassé et le pantalon baissé. Dufrenne, issu d’un milieu très modeste, ne cachait pas son homosexualité et son assassinat va déchaîner la presse pendant de longs mois mais aussi avoir un impact sur la politique.

L’extrême droite va utiliser l’homosexualité pour discréditer le pouvoir et dénoncer la corruption du système. Les extrémistes de gauche ne seront pas en reste, eux qui dénoncent « ce vice bourgeois ».
La traque du suspect (Paul Laborie, dit Paulo les Belles Dents), les clichés de l’époque sur l’homosexualité, la description du Paris gay de l’époque, tout concourt à faire de ce Crime du Palace un ouvrage à mettre entre toutes les mains de celles et ceux qui veulent s’informer (tout en se divertissant, tant le livre fourmille d’anecdotes) sur une période pas si éloignée. Gageons qu’Oscar Dufrenne, cette figure incontournable du Paris des années 20 et 30 – et pourtant aujourd’hui oubliée– saura trouver une place de choix au sein de cette exposition sur les LGBT prévue l’année prochaine.

Photo Georges Brassaï (DR)

 

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