Conversation par Hornet: Comment ça va la PrEP?

La troisième soirée Conversation de Hornet, consacrée à la PrEP, n’a pas donné lieu à des débats enflammés sur le traitement préventif. Bien au contraire, le climat était très apaisé et durant les nombreuses prises de parole, les participants ont pu expliquer pourquoi ils avaient choisi le traitement préventif. Une des raisons principales est le fait de se sentir « en sécurité ».

Un aspect très important abordé par l’activiste anglais Greg Owen dans l’interview que nous avions réalisée sur son expérience à Londres avec le dispositif d’accès à la PrEP a été relevé par les intervenants. Greg Owen explique que les Prepeurs sortent du schéma traditionnel sur la transmission, la maladie. Au delà de l’aspect biomédical et de la prévention, la PrEP change le rapport à la sexualité. Directeur médical du 190, le centre de santé sexuelle, le docteur Michel Ohayon accompagne plusieurs centaines d’usagers de la PrEP et il confirme que lors des consultations, certains gays témoignent d’un sentiment nouveau: pour la première fois, ils n’ont plus peur.

Pour le Dr Michel Ohayon, le traitement est très bien toléré

Plusieurs questions ont aussi porté sur la tolérance du médicament, Michel Ohayon a répondu que le traitement était très bien toléré. Il faut maintenir une surveillance régulière mais aucun cas grave n’a été constaté dans sa consultation. « Surtout, ajoute-t-il, le traitement tel qu’il est aujourd’hui ne sera plus utilisé, il y a de nombreuses alternatives en préparation et l’usage de la PrEP à long terme va évoluer. »

Mélanie Jaudon, directrice d’Actions Traitements, a présenté l’application AT-PrEP, lancé il y a quelque mois, comme un bon outil pour se familiariser avec le traitement préventif. Certes, Actions Traitements est une association de personnes séropositives et elle ne fait pas de prévention. «Mais les traitements, on connait bien! lance Mélanie. L’appli est aussi utile pour vérifier les interactions entre la PrEP et d’autres médicaments. « Je vous rassure, il n’y a aucune contre-indication sévère. »

A la question posée sur les erreurs de délivrance du générique de Truvada, Michel Ohayon et Vincent Leclercq ont affirmé que c’était resté très marginal et que tout semblait être rentré dans l’ordre.

Dr Michel Oyahon, le 190
Dr Michel Oyahon, le 190

Un participant a demandé qu’est-ce qui avait changé en faveur de la PrEP. Michel Ohayon lui a répondu, non sans humour: « Pendant très longtemps, il y a eu un débat pour ou contre, de l’ordre du débat bio/vegan. Puis il y a eu un effet groupe, les gens ont commencé à parler avec d’autres gens qui ont raconté leurs expériences. »

C’est sans doute par leurs pairs que de nombreux gays se sont appropriés ce nouvel outil de prévention. Dans le public, des hommes ont expliqué prendre la PrEP après plusieurs discussions. L’un d’eux a expliqué qu’il était plutôt un opposant à la PrEP, mais qu’il vient de commencer la PrEP, en janvier. Un autre a pris conscience de la nécessité de la PrEP après un traitement post exposition mal vécu.

Baisse des contaminations grâce à la PrEP?

Vincent Leclercq, Aides
Vincent Leclercq, Aides

Militant à Aides, administrateur du groupe PrEP’Dial sur Facebook, Vincent Leclercq a souligné que dans plusieurs métropoles occidentales (Londres, Sydney, New York, San Francisco), on commençait à voir une baisse des nouvelles contaminations.

Est-ce du à la PrEP? Selon Vincent, en tout cas, ce phénomène est lié au dispositif autour de la PrEP et notamment à la fréquence beaucoup plus soutenue du dépistage. « Car dans les pays du Nord, explique-t-il, on peut avoir un impact sur l’épidémie si les personnes se dépistent le plus souvent possible et que si elles se découvrent séropositives, elles prennent un traitement sans attendre. » C’est bon pour elles, mais cela stoppe aussi la transmission puisque sous traitement efficace, une personne séropositive ne transmet plus le VIH.

Aujourd’hui, la PrEP, ce n’est plus disponible que dans les pays occidentaux. Vincent Lcq explique: « 50 pays ont accès à la ‪PrEP, il est important de la ‪normaliser. Des essais ont été mis en place au Maroc, en Afrique du Sud et au Kenya, avec un gros effort dans ce pays ». Mais en France, les intervenants étaient tous d’accord pour dire que l’extension de la PrEP au delà des gays nécessiterait encore de gros efforts. Dans l’hexagone, on estime qu’environ 8 000 personnes, en très grande majorité des gays et des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, prennent actuellement la PrEP.

Photos par Xavier Héraud